galerie d'art la rotonde
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Sommaire

Ch. 1
Ouverture

Ch. 2
Premières expos

Ch. 3
Pluri-Elles

Ch. 4
Portraits d'artistes

Ch. 5
Les initiatives

Ch. 6
L'expérience

Ch. 7
Aventures

Ch. 8

Historique de la Rotonde

L'aventure

Daniel Machado Machado; Henri Front

HENRI   FRONT, l’aventure d’un artiste décapant

« Les bons sentiments ne font pas les grandes œuvres et certaines audaces formelles ont plus d’importance pour l’histoire des hommes que certains cris de ralliement » Henri Front

Henri est une figure, un témoin, une aventure. Une figure de la butte qu’il habite rue des Saules, où il fait entendre sa gouaille ponctuée par des rires. L’ éclat d’un rire toujours commencé, comme une ébauche de gaîté qui ne s’accomplit jamais tout à fait,  et reste en suspens, soutenu par un regard d’abîme qui saisit chaque moment comme un aboutissement. D’où cette présence particulière d’un être qui vous plombe chaque instant d’une couche de souvenirs. Henri revit et revoit plus qu’il ne vit et regarde, car il superpose constamment sa mémoire à ses perceptions. Né en juin 40, à 17 ans, il est remarqué à Montargis, par son prof de dessin, Georges Thouvenot. Bravant l’interdit familial, il quitte le lycée et se précipite à l’école d’art d’Orléans où il sera l’élève studieux du graveur Joseph Soulas.

En 1962, il participe à Montparnasse aux manifestations du « Domaine poétique » avec Jean-Loup Philippe, Jean Clarence Lambert, Robert Filliou. Oscar Ghez  acquiert sa toile « La foule du Flore à 20 heures » pour le Musée du Petit Palais à Genève. Il fréquente Jacques Grüber et Alberto Giacometti qui l’encouragent à poursuivre son aventure artistique. Jean Paulhan lui présente Fautrier. En 1965, sa rencontre avec Alexandre Calder achève de fixer sa destinée d’ « artiste ». Son apprentissage s’est fait à l’ancienne, de façon syncrétique ; la passion du métier s’est alliée à l’expérience sur le tas, à l’exemple des demi- ou totalement- enragés qui composent la nébuleuse artistique de l’époque. Dans cette génération on est peintre, sculpteur et en plus s’y ajoute une saine prétention à se mêler des affaires du monde en tant qu’ « artiste ». Tout cela vous forge une destinée sans qu’il y ait eu préméditation, programme et cycle d’études théoriques. Il est dans le bain, tout se fait par frottement, friction. Cela racle, râpe, érafle, éraille, écorche, dégauchit. L’aventure se poursuit avec les expositions collectives où se regroupent les peintres en vue des années soixante-dix et quatre-vingt, les expos personnelles en France et à l’étranger qui lui valent estime et récompenses.

L’identité artistique

Henri déambule dans son Paris comme un scaphandrier du temps, du Saint-germain des Prés des années Cinquante, à la rue des Grands Augustins où il voisinait avec l’ancien atelier de Picasso.  Ce qui en fait un témoin. Pas un de ces témoins formatés pour délivrer le message conforme aux stéréotypes ambiants. Non, tout a passé trop vite mais pendant si longtemps qu’après coup, aujourd’hui,  cela saute aux yeux : Henri fait partie de la dernière génération d’artistes qui avait fait de Paris la capitale artistique du monde. Il a connu, fréquenté, travaillé avec ceux qui dans les années cinquante à soixante-dix du siècle dernier ont maintenu une véritable avant-garde artistique et littéraire. Ce qui est devenu du domaine de la légende pour tout un chacun, a pour lui la simplicité de l’anecdote. Sa collaboration avec Joseph Gibert, ses rencontres avec Léo Ferré, Oscar Ghez, Tristan Tzara, Yves Klein, Alexandre Calder, l’influence de Francis Ponge…

La célébration

 La paille de fer est une oxymore en acte car il est dans la nature même de cet objet de fusionner le fragile et le robuste, la paille  et le fer.  En les célébrant, Henri Front magnifie dans l’art un objet humble, trivial qui sert à « dérouiller », à décaper, qu’on se représente comme une chose brute et prisonnière de sa fonction.

Une destinée purement utilitaire semble épuiser ses ressources sémantiques. Et même cette utilité est obsolète : elle a été réduite à peu de chose par  les surfaces modernes, la moquette, la paresse. C’est le petit ustensile dans sa banalité la plus plate.

Henri Front va faire jaillir de ce signifiant des plus ordinaires une constellation de signifiés. Il lui donne à rendre compte d’un engagement total à travers une neutralité absolue.

A chacun de décrypter tantôt la symbolique tantôt la métaphore qui s’en dégage. Aucun accord d’interprétation n’est envisageable, sauf à reconnaître la multitude des significations possibles, l’ouverture de la démarche.

Surtout, dans cette célébration se retrouve l’empreinte de Francis Ponge : humilité du regard devant le réel;  résistance de l’esprit libre qui  refuse d’être submergé par la logorrhée communicante

Quand tout et n’importe quoi peut être affirmé, revendiqué, proclamé, le retour aux données immédiates de la perception s’impose. Toucher terre, reprendre ses sens et du sens. L’artiste tient de Sisyphe et d’Antée.

Paille de fer : tournure de fer qui sert à remettre à neuf les meubles et les parquets, dit Littré, pour qui c’était une nouveauté. Ses successeurs en dictionnaire, oublient souvent de mentionner cet instrument qui loin de rénover, aujourd’hui, ferait plutôt craindre pour le mobilier et les revêtements de sol contemporains.

L’alliance de mots antonymes comme paille et fer n’est plus perçue comme une fusion faible/fort mais comme l’union de deux matériaux sans valeur.

 

 

 

 


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