galerie d'art la rotonde
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Sommaire

Ch. 1
Ouverture

Ch. 2
Premières expos

Ch. 3
Pluri-Elles

Ch. 4
Portraits d'artistes

Ch. 5
Les initiatives

Ch. 6
L'expérience

Ch. 7
Aventures

Ch. 8

Historique de la Rotonde

Le prix d’une toile


Le peintre dit.
« Celle-là je la vends cher parce que j’en ai passé du temps ! »
« Celle-là, tu as vu le travail ? »
« Là rien que pour le cadre, j’en ai déjà pour 98 euros, alors tu comprends ! »
« J’ai même peint le cadre moi-même, alors ! »
Cela fait trente ans que je peins, je ne peux pas demander moins que Tchen Yen qui est plus jeune et a commencé plus tard. »
« Je l’ai vendue ce prix-là à un Américain. A un Japonais. A un Musée, etc.
« Je l’ai mise à ce prix-là à ma dernière expo. Je ne l’ai pas vendue, mais, impossible de baisser ma cote quand même ! »
Tout cela est vrai et a une certaine incidence sur la valeur marchande de l’œuvre. Mais pas vraiment certaine.
Le vendeur dit.
« Cette toile m’a coûté 110 heures d’électricité plein pot, de surveillance, de chauffage, un mois d’URSSAF, d’Organic, de T.P., de loyer, tant d’invitations, autant en affranchissement, cinq déplacements, un vernissage, cinq repas… »
Autant de frais qu’il faut couvrir mais qui ne constituent pas en eux-mêmes des éléments déterminant la valeur marchande de l’œuvre.
L’acheteur dit.
« Par rapport au prix d’un lecteur DVD, d’un ordinateur portable, d’un écran plat, d’un séjour complet avec vue sur la mer… »
Toute comparaison avec du consommable dévalorise.
Alors un acheteur dit.
« Cela me plaît. »
Soit que cela flatte inconsciemment une de ses manies, soit que cela confirme son rapport aux autres, au monde, ou exprime bien ce qu’il veut dire, ce qu’il ressent, ce qu’il n’avait pas encore affiché. La valeur marchande apparaît. Ni objective, ni impérissable, fluctuante. Fluctuation liée au pouvoir d’achat de l’acquéreur.
Heureux plombier qui facture le temps passé, y compris le temps passé à rédiger sa facture, à se déplacer, à se fournir etc. Tout cela est refusé à l’artiste, au galeriste. Pas de fuite, de court-circuit, d’urgence, de nécessité. Seulement une exigence. « Intérieure » dit-on. Faudra se contenter de ça, une exigence intérieure.
Les Enchères ? Un tableau suisse néo-réaliste des années creuses vendu 4 .750.000 F, Francs suisses bien sûr. Prix objectif : il comprend les honoraires des « experts », des «Directors », des catalogues qui ont fait monter la considération sociale liée à une telle acquisition. Mais c’est l’acheteur de considération sociale qui a fait le prix. Pas les «experts».
Le peintre dit.
Si l’acheteur faisait le prix, toutes les toiles seraient au même prix : nul.
L’expert dit.
L’acheteur accepte de régler tous les frais intermédiaires qui ont permis l’acquisition à condition que cette acquisition lui apporte effectivement la considération liée à la possession d’un bien culturel reconnu, convoité, transmis par une maison prestigieuse.
Le courtier dit :
L’acheteur qui me fait confiance est assuré d’acquérir une œuvre à meilleur prix que dans les galeries, introuvables dans les ventes aux enchères, à la cote stable, assurément avec de belles espérances …
En conclusion, les amateurs aiment et n’achètent pas ; les acquéreurs achètent de la considération sociale, agrémentée d’une perspective de gain.
Des marginaux achètent une image d’eux-mêmes, qui embellit leur vie, les rassure à chaque instant de la journée, les aide à supporter les misères de l’existence, les ravages du temps et les dérives sentimentales.

yvon birster


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