galerie d'art la rotonde
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Sommaire

Ch. 1
Ouverture

Ch. 2
Premières expos

Ch. 3
Pluri-Elles

Ch. 4
Portraits d'artistes

Ch. 5
Les initiatives

Ch. 6
L'expérience

Ch. 7
Aventures

Ch. 8

Historique de la Rotonde

Les initiatives

Thème proposé par La Rotonde
Le sentiment du sacré dans l’art contemporain

La déception. Au commencement, toujours, une déception. Pas celle qui démoralise, démotive et déprime. La tonique, celle qui donne envie de réagir, de ne pas rester là à cultiver un spleen hors de saison. Celle qui fait problème.
Puis les questions. Pour en sortir. Renaître.
Enfin les propositions. Pour vivre. En attendant qu’elles déçoivent. Mais pas tout de suite, plus tard, pour aller plus loin.


La déception

Nous ne sommes pas libérés des pesanteurs du XXème siècle qui nous a légué ses vénérations primaires pour le sexe et le sang, ces dieux d’en bas.
On répète à l’envi la parole de Malraux : Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas, mais ceux qui témoignent de notre temps continuent de se satisfaire de provocations calquées sur les siècles disparus. Derrière le décor de l’immanence, nulle transcendance, rien que les décharges des déchets durables ; rien qu’un passé qui n’en finit pas de nous rattraper et qui nous dépasse. Aucun élan vers l’avenir. Derrière les promesses de la médecine, un rafistolage de prothèses, de produits de synthèse que les petits Faust du jour s’apprêtent à vendre très cher. Nous sommes appelés ou poussés à nous replier sur notre misère physiologique dans le culte de la jeunesse promue déité. La montée des périls n’inspire que des couvertures de magazines sur les cures d’amaigrissement d’avant plage, carêmes dévoués à l’apparence.
Quel panthéon de déités pour notre quotidien ? L’éternelle jeunesse, l’éternelle vigueur, l’éternel désir, l’éternel plaisir ? La mode a triomphé du goût, la série-culte efface les chefs d’œuvre, « tendance » remplace « valeur », l’égalité exige qu’on méprise le mérite ; la liberté consentie est de celle qui supprime toute responsabilité…
Ipso facto sont valorisées la médiocrité, l’irresponsabilité, le laisser-aller. Aux valeurs qui s’efforçaient de corriger les pratiques on substitue des pratiques égoïstes à court terme qui entreprennent de corriger les lois et prescriptions. Le triomphe du fameux « Ici et maintenant » engendre des idéaux de taupe.
Que l’éphémère s’accroche à ce point à nos illusions retrouvées n’étonne pas, que cela se situe au niveau le plus bas, pas davantage. Mais encore une fois, rien de ces fumées ne résiste à l‘examen critique.

Restent les superstitions, plus vivantes que jamais, socle immuable de l’humanité puisque partout elles précédent la formation du jugement. Non-valeurs fécondes en crimes et violences de tous ordres, protégées par la tolérance/irresponsabilité.
La ROTONDE pose donc cette question à ses artistes, à contre-courant des conformismes : existe-t-il un art sacré aujourd’hui ? Avec toutes les possibilités conquises par les connaissances humaines sur le monde n’est-il pas envisageable d’exprimer sans angélisme trompeur de plus hautes ambitions pour l’espèce ? Fatigué d’avoir été un phare pour l’humanité, l’artiste se résigne-t-il à n’être que cette lanterne rouge de maison close ?
Propositions
La présence du sacré se manifeste par une force qui tire vers le haut, par le sentiment que quelque chose nous dépasse. Interrogeons ceux qui ont éprouvé cette stupeur. Une mère affirme : « C’est lorsque j’ai eu mon enfant mongolien » ; un père dit : « C’est lorsque j’ai brisé des vies avec ma voiture », un homme longtemps après qu’il fut un soldat, « C’est lorsque mes cauchemars ont commencé, comme si tout à coup la mort de ceux que j’avais tué dans l’indifférence entrait en moi avec son évidence atroce. » Le sacré obéit à la théorie du Chaos, il est improbable, surprenant, indéterminé.
1. Il y a des lieux propices à l’épreuve de ce vertige. Les carrefours, les sommets, les bordures, tout lieu qui donne l’impression d’une limite, d’une fin, d’un centre… Mettez n’importe quoi sur un lieu sacré, cela deviendra sacré comme l’est devenue l’inconcevable architecture du Sacré-Cœur à Montmartre. Le lieu s’impose à ce qu’il promeut.
Le lieu peut être naturel, ou social, ou individuel. La nature a ses lieux sacrés, assise favorite des temples et des publicités Coca-Cola. La ville a ses emplacements privilégiés, le lien social, même le plus inconsistant, a un besoin vital de se manifester « au cœur », au sommet… L’art de la cité appartient à la sphère de l’art sacré quand il exalte l’union des citoyens. Lorsque ses hauts lieux sont perçus comme des lieux de discorde, leur désaffection achève la désagrégation du lien social.

Par contre la sphère familiale et individuelle ont connu une forte dépréciation du sacré, corrélative peut-être de la perte de la vie privée. L’in-signifiance est de règle. Les bijoux dépositaires d’un sens sacré ont disparu de l’usage. L’in-distinction va de pair avec l’absence de signification, de sens, de valeur à laquelle il est bon d’aspirer.

2 Le sacré est ambivalent et donc amoral. Il oppose sa réalité aux dénégations moralisatrices. La moralité le réduit au silence, à l’indicible, bien avant que l’horreur s’en soit chargée. Les morales publique et privée se déploient dans le champ du discours et de l’irréel. La mise en scène du silence horrible et sacré est l’apanage de l’art.
3 Au cœur du sacré et de sa représentation confondante, la peur, la mort. La terrifiante réalité du sacré.
4 Le sacré n’est pas « souhaité ». Ni désirable, ni envisageable. Il est réel, il est là. C’est dire l’abîme qui le sépare de toute utopie, de tout non lieu irréel, imaginaire ou virtuel. Une utopie, c’est toujours un discours qui pense avoir supprimé le sacré. Les utopies soixante-huitardes n’ont pas failli à cette règle. Au contraire, le sacré est un obstacle, un écueil. Un naufrageur.
Bernardin de Saint-Pierre, avec Paul et Virginie, est censé avoir exalté le sentiment de la nature, de l’exotisme cher au 18ème siècle. Son succès reste une énigme si l’on n’y voit pas, outre ces lieux communs de manuel :
• la parenté de Justine et de Virginie
• la double contrainte , le sexe ou la mort, cachée sous l’exaltation de la pudeur

En un mot, si l’on n’y remarque point la présence du sacré individuel dans une nature sacralisée.
Notion perdue.
Même remarque pour Andromaque. Pimbèche la veuve d’Hector, vraiment out . Les héroïnes de Racine pourraient s’en tirer. Incompréhensibles ! Accessibles seulement aux lycéennes résistantes mortes sous la torture gestapiste.
Exemple a contrario : il est in l’agneau de La Fontaine, fort de son bon droit et de sa rhétorique. Mais si l’agneau est politiquement correct, La Fontaine ne l’est pas et la bête se fait dévorer au nom de la réalité du plus fort. Non, décidément, inutile de chercher, aucun de nos grands classiques n’était politiquement correct. Il fallait effectivement brûler Port-Royal !

En résumé, les fictions modernes, depuis le conte pour enfant jusqu’au roman de série noire d’aujourd’hui, évacuent le sacré.
Mais le sacré n’est pas fictif, il est réel.

Questions

Force, vertige, silence et réalité du sacré
1. La présence du sacré se manifeste par une force qui tire vers le haut, par le sentiment que quelque chose nous dépasse.
2. Il y a des lieux propices à l’épreuve de ce vertige.
3. Sa nature est ambivalente, et donc ambivalentes les réactions à son égard : les dénégations les plus farouches côtoient les exaltations les plus exacerbées. D’où le double positionnement artistique, baroque et classique. D’où bien souvent, la confusion de l’expression avec l’exprimé et le rejet de l’un jugé inséparable de celui de l’autre. La mise en scène du silence horrible et sacré est l’apanage de l’art.
4. Au cœur du sacré et de sa représentation confondante, la peur, la mort. La terrifiante réalité du sacré.



Yvon Birster

 

 

 



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