Historique de la Rotonde
Premières expos
9 ARTISTES POUR LES ANNEES 70 ET APRES...
En mars 2003, La Rotonde accroche à ses cimaises neuf artistes d'aujourd'hui. Philippe Bézart dont les sous-bois si clairs et lumineux sont habités d'étranges lueurs ; Henri Brivet, le poète du vent qui passe sur l'harmonie tranquille du terroir. Frédéric Brandon, le dynamisme, le trait, la couleur, l'humour qui auréole ses audaces d'une humaine tendresse. La Rotonde a choisi ses Vanités, Devoirs de vacances et Liseuse, toiles où Brandon excelle dans le renouvellement des thèmes consacrés. La Liseuse, l'intimité du modèle entre deux séances de pose. Economie des moyens: deux couleurs, où le blanc domine, jeu avec le support, une toile d'une grande efficacité pour un peintre au sommet de son art.
Pascal Bruandet, la ruralité revisitée, revivifiée, notre rapport à la terre ressuscité par des objets et matériaux recomposés. Stéphane Fradet-Mounier, la fougue, la jeunesse qui brûle le métal, le fond, le découpe, le trempe et le spiritualise.
Pol Gachon dont la rigueur virile voile aux yeux pressés de notre temps la sensibilité frémissante de ses couleurs, Pol Gachon, travailleur obstiné d'une oeuvre intransigeante, ne se découvre pas au premier regard. Comme la lumière, invisible dans le faisceau harmonieux des couleurs du spectre, comme le vent qui vous emporte sans apparaître, la peinture de Pol Gachon reste d'abord invisible, insaisissable et secrète. Alors, le passant vaniteux et bavard qui chausse les lunettes de l'opinion et des modes passagères se flatte et se félicite de sa propre cécité. Il faut, quelque part, être une voile pour sentir le vent, être un ciel de pluie pour piéger les couleurs. D'une certaine façon, Pol Gachon est ce ciel d'orage qui s'éloigne afin que l'atmosphère liquide décompose la lumière.
L'orage et l'arc-en-ciel ont ce même rapport que l'homme Gachon et sa peinture. Il tonne, éclate, dévore et s'enflamme. Ses toiles d'après la foudre ont l'unité, la simplicité et le dépouillement des règles classiques. C'est la fin de Phèdre, la fin de Médée, la fin d'Antigone, quand Zeus apaisé a rétabli l'harmonie. C'est l'immuable, le monde fixé solidement par ses quatre coins. L'orient, l'occident, le septentrion, le midi. L'aurore aux doigts de rose, les feux du couchant, la chaleur du midi, le froid du Nord. Les pôles des contraires, l'orientation. Pour une époque déboussolée, ivre de confusion et d'indifférenciation, les oeuvres de Pol Gachon sont une provocation. Nous ne sommes pas libérés des pesanteurs du XXème siècle qui nous a légué ses vénérations primaires pour le sexe et le sang, ces dieux d'en bas. Pol Gachon nous invite à retrouver la sueur au front, l'intelligence aux yeux, la sérénité du jour. Un regard olympien sur le monde.
André Maigret, maître du dessin, arrache à l'ombre une partie de son mystère mais se garde bien de mettre à jour cette force obscure dont il suggère l'efflorescence. Jérôme Tisserand dispose de couleurs aériennes, échappées de quel incendie qui accomplit la transmutation du passé en devenir ?
Kathy Toma, les deux côtés du miroir, Alice revenue dans une oeuvre romantique et baroque pour un monde déchiré. Débordante d'un talent généreux et de culture vivante, elle trouve enfin oeuvre à sa mesure en se voyant confier la restauration de l'église de Gesualdo près de Naples. L'Italie baroque lui offre ce qu'un hexagone étriqué et confiné dans ses productions minimir/mini prix ne sait plus proposer à ses artistes.
Neuf artistes, peintres et sculpteurs, de ce qui brûle, déchire, éclaire et se consume.
Vox populi
De toutes les manières, guerre ou pas, dans le quartier, il n'y a que des pauvres. Et des riches. Rien entre deux. Les pauvres jettent un oeil. C'est bien assez pour eux. Ca leur fait mal de s'attarder. Leur rappelle qu'ils n'ont jamais acheté de ça. Qu'ils n'en achèteront jamais. Les riches se méfient. Savent que vous en voulez à leur pactole. Passent au large. Méfiants. Se faufilent dans la foule aux vernissages, puis se retirent en douce. Faut qu'ils puissent reluquer quand même. Des fois qu'il y aurait quelque chose à découvrir. Pas par eux. Quelque chose qu'ils reconnaîtraient, parce que justement il aurait été publié que c'était tendance, dans un News ou un People ! Mais allez-donc, vous leur montrez que du nouveau, du vraiment neuf ! Pas une ligne là-dessus dans les revues. Donc ils n’ont rien à découvrir. Rien que du risque. Du vertige. Pur. Pas comme les actions et les warrants. Là c'est du sûr, ça ne manque pas de conseillers, pour 2 Euros la feuille, plus, si lettre confidentielle. Pourtant des fois, il y a des affaires à faire. Tenez, moi : le Japonais qui peignait Montmartre ? Eh bien! Figurez-vous, il vient peindre ma boutique, sur une toile, hein, pas en vrai ; donc, il peint : la vitrine, le rideau, la porte. Qu'elle était ceinte de treille, de grappes de raisin même. Pas un grain de raisin qui manquait sur sa toile, on aurait pu les compter !Du beau boulot, du talent, de l'imagination, pensez-donc une boutique de Montmartre. Il expose. Il m'invite. « Pour vous, dix mille euros. » Cher du grain de raisin. Même de Montmartre. « Non. » Evidemment je refuse. Le marchand me tire à part : « Réfléchissez, parlez-en à votre banquier ? C'est un, placement. » Evidemment je refuse : « Non. » Savez-vous combien le Musée de Tokyo, il a acheté ma boutique en peinture ? Dites-voir un prix ? Vous ne trouvez pas ! Vous ne devinerez jamais de toute façon : cinquante millions ! Pas de francs. En euros ! Ah il y en a pour des sous au Musée de Tokyo ! N'empêche, moi j'aurai pu gagner : presque cinquante millions d'euros ; moins dix-mille, ce qui fait : je ne sais pas au juste, mais beaucoup ! Alors votre toile, là, enfin pas la vôtre, celle de Tissot, non, Tissand, que vous avez en vitrine, elle vaut combien ? Quatre mille euros ? Oui, oui. Croyez qu'un musée me la prendra pour cinquante millions ? D'euros, évidemment. Enfin pour au moins quarante : quarante millions d'euros. Ah si on pouvait savoir, on achèterait plus souvent de ces choses qu'on n'achète jamais ! Plus souvent que jamais, sûr.
Tu sais, il faut du temps pour que cela marche : trois ans, cinq ans? Etre en cheville avec un critique, avoir un listing, un carnet d'adresses de vrais collectionneurs. Les seuls qui achètent. Et en sus, avoir des peintres comme moi. Avec des acheteurs qui me suivent depuis vingt ans ; qui, bon an, mal an, m'achètent une toile. Tes relations, c'est du peu. Tu devrais te recentrer sur les oeuvres papier. Ne faire que le papier. Aux alentours de cent, cent cinquante euros. Pas plus. Dessins, gravures, esquisses, croquis documentaires.
Mes toiles ? Pas les vendre en dessous de soixante, cent Mille. En francs quand même, pas exagérer. Soixante, cent Mille pour moi, tu prends ce que tu veux en plus. Un client à trente mille francs ? Tu l'envoies se faire voir ailleurs ; ne discutes même pas !
Ce qui compte dans un vernissage, c'est qu'il y ait à boire. Un bon bordeaux au moins. Et ce qui accompagne et qui ne fait pas de mal. Les journalistes, tu les ignores : ou bien, ils ne viennent même pas. Ou ils n'écrivent rien. Ou leur article ne passe pas. Mille raisons sur ce coup-là : le rédacteur en chef, l'actualité chargée, la grève des ouvriers du livre, la photo de mauvaise qualité. Dans tous les cas, personne ne lit leur papier. Sauf le peintre. Et la galerie. Ca réduit.
Ah ! Le bouche à oreille ! Important ça. Le médecin du coin. L'épicier. La coiffeuse. Les seuls critiques qui vaillent.
Vous avez vu les belles choses ? Mais les prix ! Surtout les prix, en petit mais pas petits ! Qui peut se permettre ça ? On vient de changer notre Mercedes. Pas le moment. D'ailleurs j'aime que les photos. Et on en a. Plein. Qu'on n'a pas le temps de regarder. De Tunisie, du Maroc, de Turquie. Devant la piscine. Devant la Mosquée. Au Bazar. On les a toutes. En plus, c'est des souvenirs.
Dites-moi, juste par curiosité, combien cette toile ? Elle ne représente rien : comment peut-on faire quelque chose avec rien dessus ? Comment peut-on la vendre en plus ! C'est marqué dessous ? Onze mille euros ! Ce n’est pas rien
Il fait une fixation sur les boulons votre peintre ? Ah, il n'en fait plus, il s'attaque aux chaises ? Il en a peut-être terminé avec les boulons, mais il n'en a pas fini avec eux. Il a fait le tour des boulons, mais il n'est pas rentré dans le boulon, il est resté à l'extérieur du boulon. Ne lui dites pas.
Ce n'est pas une toile abstraite. Je vois bien qu'elle est figurative. L'abstraction figurative, c'est du figuratif. Moi je n'aime que les abstraits abstraits. Et les galeries qui ont cent ans. Vous avez ouvert quand ?
LA FIN DES REPERES : ROLAND WIEDER
En mai 2003, Roland Wieder apporte sa vision de notre univers, sans repères. Reporter-cameraman à TF1 puis réalisateur à France 3, Roland Wieder a engrangé une expérience du reportage, du journalisme, du monde et de ses coulisses télévisées qui le conduisent à s'exprimer par le texte et par la peinture. Aujourd'hui, il se retrouve parisien pour un printemps, le temps d'éditer un livre aux éditions Osmondes, rue Eugène Carrière dans le 18è, ainsi que d'exposer ses oeuvres picturales les plus récentes à La ROTONDE, rue Eugène Carrière dans le 18è .
Actif par goût et par obligation professionnelle, il ne songeait guère à s'adonner à la peinture, lorsqu'un accident de moto, le contraignit. à l'inaction, en 1975. Ou plutôt, parut le contraindre à l'inaction, car aussitôt, il se mit à suivre des cours de dessin et de peinture afin de concrétiser un don qu'il croyait ne devoir jamais développer. Rétabli, il effectua des reportages sur Dali, Chagall, Buffet, Moretti, Carzou. Difficile de ne pas se brûler au contact d'un Salvador Dali ! Mais quitte à avoir un maître, autant s'en choisir un, talentueux, exigeant et créatif. L'époque ne manquait pas d'exemples plus faciles, à l'originalité pétrie de renoncements. Wieder apporte donc sa vision d'un univers sans repères, avec pour unique horizon celui que lui fixa la poésie surréaliste : l'amour, dernier lien d'un monde désuni ; la femme, ultime présence d'espaces inhabités ; la peinture, sans autre forme que la couleur. La femme, elle-même le plus souvent désarticulée, est seule à donner un sens au chaos par la force structurante d'Eros.
L'univers de Wieder, c'est celui de Parménide, au moment où, sous la poussée des haines, tout se désassemble. Mais y apparaît déjà la promesse d'une reconstruction impulsée par l'amour. C'est le sens de ces hanches fécondes , de ces poitrines altières, de ces sexes offerts à Zeus, le dieu qui rétablit l'harmonie après la démesure, le dieu des métamorphoses amoureuses, de la beauté et de la victoire sur l'obscurantisme.
Une peinture cosmique.
Vox populi
Il ressemble à Vasarely votre peintre. Mais vous savez ils ont tous leurs inspirateurs. On ne part pas de rien… J’ai tenu une galerie pendant des années, je peux vous certifier que si quelqu’un dit que votre galerie n’est pas belle et que vos peintres ne sont pas bien, eh bien ce n’est pas vrai. Vos peintres sont tout à fait comme il faut… Pas chers mais encore trop : allez en salle des ventes, vous verrez combien ça se vend la peinture moderne ! Rien du tout ! Des fois j’en aurai pleuré ! Un conseil, monsieur : vendez les peintres morts et ne vous occupez pas des vivants. Vous n’aurez que des ennuis avec les vivants. J’ai vu, quand je tenais ma galerie : j’expose un provincial, je lui vends une toile Trois Mille francs, le voilà qui se prend pour Botticelli ! Il ne se sent plus, il veut monter ses prix et que je vende tout ! Que des ennuis avec les vivants, jamais un remerciement ! Comment ça, si on ne s’occupe pas des vivants il ne pourra plus y avoir de peintres morts ? Mais c’est un bon conseil que je vous ai donné : occupez-vous des morts ! Je reviendrais voir vos expos.
Il est bien votre peintre, il est moderne pas comme celui que vous avez exposé l’autre fois !
C’est une femme qu’on voit en surimpression là ? C’est bien ! Et là, c’est un homme et une femme ou deux femmes ? Là je comprends mieux, c’est un couple, et pour une fois il n’a pas coupé les têtes. Mais dites-moi, c’est la sienne qu’il a peint sur cette toile ? Oui ? Alors forcément, il ne l’a pas coupée !
Philippe Morin
Du 18 juin au 12 juillet 2003, La ROTONDE donne à voir l’œuvre de Philippe Morin, alchimiste du XVIIIème, qui élabore discrètement une oeuvre attachante et forte. Portraits issus du magmat des couleurs alternent avec des paysages urbains fantômatiques. Avec Le Chemin, Morin plonge ses personnages hagards et hallucinés dans le cadre tourmenté d’un hiver pluvieux. Le ciel terreux et violent envahit le champ de vision de ses tourments. Partout la marque d’un homme indissociable de sa peinture.
Vox populi
(A quatre mois d’intervalle, le même dialogue dans la galerie)
La directrice d’agence bancaire entrant dans la galerie, s’adresse d’emblée au peintre exposant, ignorant la présence du galeriste:
« Je n’achète pas de peinture mais je peux vous faire exposer dans notre agence. Vous savez il y vient beaucoup de monde. Vous vendriez beaucoup de toiles. Et moi, je ne vous ferai pas payer.
- La galerie ne me fait pas payer pour exposer.
- Oui mais ma banque vous exposera sans prendre un pourcentage sur les ventes.
- Surprenant ! Je songeais au contraire à vous louer mes toiles si je vous les prêtais. Les groupes bancaires qui décorent leurs agences aux frais des peintres se tâtent pour en plus, envoyer une facture. J’imagine son libellé :
« Doit, Monsieur x, peintre, pour prêt de ses toiles à notre agence de Saint Dagobert, la somme de … (en Euros) qui sera prélevée directement sur son compte. »
- Chez moi, vous pourrez vendre moins cher, donc davantage.
- A des gens qui viennent à cause d’un découvert bancaire, d’un prêt logement, d’un PEP ?
- Nous avons des clients fortunés !
- Mais vous-mêmes, pourquoi n’achetez-vous pas une toile, une gravure au moins ?
- C’est trop cher pour moi.
- Regardez les prix. Vous pouvez acquérir une gravure pour 1000, 2000 F., une petite toile à 250 €…
- C’est vrai, vous n’êtes pas cher…
- Alors ?
- Pas assez cher, même. Pourquoi faites-vous des prix aussi bas ? Augmentez vos prix, vous gagnerez plus. »
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