Historique de la Rotonde
PROJET
A La ROTONDE, Yvon Birster a bâti le projet de réunir des artistes de plusieurs générations qui ont en partage la rigueur du métier et la passion de la création. La galerie est ouverte aux peintres et sculpteurs vivants, elle présente une sélection de leurs œuvres directement issues des ateliers. Elle a pour objectif de les soutenir durablement dans leur démarche créative. En parallèle, elle s'adonne à un travail d'animation et de conquête d'un public élargi.
ACTIONS
OUVERTURE

Ancienne galerie de deux encadreurs, La Rotonde a retrouvé sa vocation originelle depuis le 22 janvier 2003. Elle jouit d'un bon relationnel de proximité avec le quartier, l'arrondissement. Elle a exposé ses amis, vieux et jeunes, uniquement en considération de leur talent.
Vox populi
Quelle drôle d'idée, ouvrir une galerie à pareil moment ! En janvier quand les gens sont sans un. Sans parler des bruits de bottes. Vous croyez qu'elle aura lieu, cette guerre ? Ils ont l'air bien décidé.
Nous nous étions juré : « Quand on vivra ensemble, on achètera une belle toile pour la mettre dans notre chambre.. Et puis on couche ensemble, dans la même chambre, et puis et puis, il ne veut plus acheter la toile, ce n'est plus la peine » qu’il dit !
Des gens qui achèteraient des choses comme ça, qui ne servent à rien ? Ils auraient trop d’argent, alors ils viendraient chez vous. Mais il faudrait qu'ils en aient vraiment de trop !
Pour vendre tous ces tableaux, il faut combien de temps ? Un an? Plus? Ce qui manque dans le quartier : une boutique de téléphones. Vous vous y connaissez en téléphones ? C'est bien ça, très bien même : vous ne voulez pas ouvrir une boutique de téléphones ?
Je suis antiquaire à Saint-Ouen, tout se passe comme si les gens avaient reçu une lettre leur ordonnant : N'achetez rien ! Déjà pour Noël, aux puces et à côté, on n'a rien fait. Tout est bloqué. On ne peut pas acheter, on ne vend rien... Vous avez une cliente : « Je vais en parler à mon mari ! » qu’elle dit, et lui : « Je vais en parler à ma femme ! » qu’il dit. Et puis je ne les revois jamais, ni lui, ni elle, mais moi pendant ce temps, je reste là-bas comme un idiot à les attendre! Vous ne voulez-pas vous associer avec moi ?
AVEC MAURICE LOIRAND
Dès son ouverture, en janvier-février 2003, la Galerie de La Rotonde a rendu hommage à un grand maître du paysage des années soixante-dix : Maurice Loirand.
Il était temps de consacrer le travail de Maurice Loirand, fruit d'une vie tout entière consacrée à son art, au-delà des modes, des tendances et des engouements éphémères.
Maurice Loirand, citoyen du monde habite toujours le XVIIIème arrondissement parisien ; artiste actif de 80 ans, il en observe les squares, les arbres, les coins de nature, et comme toujours, les maisons, leur concert, leurs secrets. Puis il peint, à la recherche du dépouillement : la foule des immeubles est abstraite, ordonnée en lignes et couleurs tactiles. Il donne à voir, sous la ville, la nature; dans la maison, un visage. Puis c'est le temps du doute, du scrupule. Le recours aux écrits des maîtres, la difficulté prend forme, identifiée. Le problème bien posé a tellement plus d'importance que la réponse inconsciente ! Recherche, travail, élucidation. Essais, déceptions corrections, repentirs.
L'évidence, la clarté, la simplicité sont au bout de cette difficile ascèse et le plaisir en revient à l'amateur. Pas d'ombre au tableau. Le plus souvent, pas vraiment de premier plan, d'espace hiérarchisé. Les paysages sont sensibles mais intelligibles. D'une présence singulière mais universelle. Les arbres, les champs, les maisons sont individualistes. Les uns aux côtés des autres sans lien de subordination à une perspective souveraine. Une harmonie paisible. Sans maître. Sans conflit.
Un classicisme certain. Libéré.
une vie pour une oeuvre, le choix de l'insécurité
Naissance en 1922 et enfance dans la région de Nantes. Vallées, collines, littoral, les paysages de la Loire Atlantique occupent une place privilégiée dans sa peinture. Vous les retrouvez dans ses larges bandes horizontales de couleur qui constituent le fond de ses paysages. Sur ces fonds qui dessinent autant de lignes d'horizon qu'il y a de ciels et de champs confondus, l'activité humaine impose sa verticalité. Ruralité où la modestie des maisons s'accorde à la pureté des lignes. Peu de personnages, car le plus souvent les habitations ont un visage et la nature défrichée, cultivée est humaine. C'est la main calleuse du paysan, la poigne du paysan qui laisse deviner son empreinte.
La formation au métier de chaudronnier ajoute la rigueur à l'énergique obstination paysanne. Construction aéronautique, chantiers navals forgent un arrière-plan industriel. Maurice Loirand commence sa vie d'homme aux Chantiers Navals.
La guerre. Le maquis. Au sortir de la résistance, Maurice Loirand retrouve des chantiers navals. La jeunesse est devenue maturité, la vocation de peintre est née. Il reste au jeune homme à se faire reconnaître d'abord, puis à oser quitter un métier dans lequel il excelle et est devenu un maître.
Un caractère trempé, de la volonté. Mais le talent est-il au rendez-vous ? Le peintre André Lenormand, le poète René-Guy Cadou le fortifient dans sa nouvelle voie. Mais cet art se nourrit d'insécurité. Peu d'hommes ont ce courage. Tout abandonner quand tout vous réussit dans la voie que vous avez choisie. Professeur comblé dans son métier, il quitte tout pour la vie d'artiste. Combien font le trajet inverse? Maurice Loirand va s'exposer, se mesurer aux valeurs sûres du temps, de 1948 aux années soixante. Il multiplie les expositions aux grands salons de ces années de maturation, pour se frotter, se comparer, s'affirmer parmi les meilleurs. La Galerie Charpentier l'accueille dès 1960.
Ce sont quinze années d'intense travail et d'expositions annuelles qui font de l'artiste confirmé, l'artiste reconnu. De Nantes à Paris, puis à Rome, Milan, Rio de Janeiro, New-York. Les expositions personnelles lui ouvrent le monde. Voyager. Rapporter les ambiances de ces villes en constante évolution. Arracher à ce rythme insensé l'âme éternelle et provisoire d'un quartier. D'un jardin public. De gratte-ciel et de leurs éphémères publicités. Et les condenser dans une oeuvre immuable. Voilà que New-York, Buenos Aires, Rio de Janeiro inscrivent leur dynamisme dans les lignes de force des toiles de Loirand.
Le voyageur va poser son sac. D'abord un premier voyage au Japon en 1971. Des expositions successives jusqu'en 1977 date de son installation à Tokyo. En 1984, il transporte son atelier en face du célèbre Fuji Hyama. Décision aventureuse encore une fois. C'est rompre avec le succès en Europe, avec Paris qui l'accueille depuis les années soixante et lui propose, atelier et poste d'enseignant de dessin. Mais le Japon lui sourit. A 55 ans il fait à nouveau le choix de l'insécurité. Trop peu de Français osent tenter l'aventure à l'étranger. Sinon à s'entourer des protections des missions officielles. Combien quittent l'hexagone sans rompre le cordon ombilical nourricier qui les rattache à la mère-patrie. Maurice Loirand a cette audace. Il part avec son talent. Il réussit avec son art. Au Japon les expositions se multiplient. Les paysages, les palais, les rues de Tokyo alternent avec l'album des souvenirs des pays de Loire.
En 1993, retour à Paris, installation dans son atelier du XVIIIème arrondissement. Redécouverte d'une ville en mutation. Achèvement des travaux commencés sur Tokyo. Exposition dans sa ville natale. Octogénaire actif en création permanente.
Vox populi
Ne dites-rien, Monsieur. Je suis peintre moi-même et je connais la peinture. Pour faire une belle oeuvre, monsieur, il faut :
Premièrement de la technique
Deuxièmement du talent
Troisièmement du génie.
Je peux vous dire, monsieur que votre peintre n'a pas de technique. Il a du talent. Il n'a pas de génie. Je suis pressé, je reviendrais voir le reste. Mais tout est dit.
J'aime beaucoup les paysages. Mais je n'aime pas le vert. Il y a trop de vert dans les prés, trop de feuilles vertes sur les arbres. Le même paysage, mais en hiver, vous avez ça ? « Village sous la neige » Oui c'est en hiver, mais ce n'est pas un paysage, c'est des maisons ! Là il n'y a pas de feuilles, mais c'est l'automne, ce n'est pas l'hiver. Les bords de mer, finalement c'est bien. Il y a du sable et de l'eau, pas de feuilles.
Tout est du même peintre ? On ne dirait pas. Cinquante-cinq ans qu'il peint ! C'est très différent d'une période à l'autre, mais c'est toujours aussi cher ! Il n'y a que les grands qui prennent des sommes pareilles ! Pourquoi : «Justement » ?
« Bassin perdu à Buenos Aires » On dirait qu'elle n'est pas de lui ! Combien cette toile ? Quinze mille euros ? Impressionnant, impressionnant!
Votre peintre, il a vécu au Japon, moi aussi. Il est marié avec une Japonaise, moi aussi. Je ne suis pas peintre, mais ma femme est japonaise.
Nous avons des amis qui ont un Loirand. Mon mari et moi aimons les Loirand. Nous venons de loin pour les voir : nous avons pris le RER. Vous n'avez que 20 toiles ? Nous avons lu l'article dans le quotidien gratuit, METRO. 100F, c'est le prix ? Non ? Vous savez, nous n'y connaissons rien à la peinture, on n'aime que Loirand. C'est combien le « Cadaquès » ? 2650 Euros ?! Pas gratuit ! Nos amis ont un Loirand, nous aurions bien aimé.
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